Le Tonus

Le Tonus

Le tonus est une notion centrale en psychomotricité. Il est impensable de rencontrer un psychomotricien et de discuter avec lui sans qu’il n’aborde les notions de régulation tonique, tonus de fond, tonus d’action, hypotonie, hypertonie, dialogue tonico-émotionnel, expression tonique…

Alfred Vulpian est un physiologiste et neurologue français. 1826-1887

Définition emblématique :

Le Tonus  « C’est l’état de tension active, permanente, involontaire, variable dans son intensité selon les diverses actions syncinétiques qui le renforcent ou l’inhibent. » VULPIAN

La première fois que l’on aborde cette définition, on peut se sentir un peu perdu et déconcerté.

Cela signifie en fait que le tonus est l’état de tension, de contraction des muscles.

Cette tension est continue, permanente que l’on dorme ou que l’on soit éveillé, il existe un tonus de fond.

Elle est involontaire, c’est à dire que c’est le système nerveux autonome (sous corticalisé au niveau du tronc cérébral) qui régule le tonus sans que l’on ait besoin d’y penser constamment.  Bien sur et on y reviendra plus tard, on peut également le contrôler consciemment, mais heureusement pour nous le tonus est maintenu automatiquement.

Le tonus est variable dans son intensité, selon les différentes positions et mouvements que l’on réalise. Il n’y a pas besoin de la même tension selon la position dans laquelle on est pour un muscle défini, que l’on soit assis, allongé ou debout.

Tonus de fond, postural et d’action :

  • Le tonus de fond, également nommé tonus de base :
Le bras de fer est aussi un exemple de contraction isométrique effectuée de façon volontaire et consciente.

La tension qui le constitue est une contraction isométrique, c’est à dire sans mouvement, les insertions musculaires ne bougent pas.

Il permet l’intégrité du corps, la cohésion corporelle. Les différentes parties du corps sont maintenues entre elles grâce aux ligaments et aux articulations. Le corps fait un, est ressenti comme une unité, grâce au tonus de base, qui concourt à avoir une légère contraction musculaire permettant la coaptation articulaire, c’est à dire le maintien des structures articulaires entre elles.

Les différentes parties du corps sont donc en adhérence les unes avec les autres, le tonus que l’on perçoit via la proprioception (ressenti musculaire) permet de se ressentir comme étant délimité, de ressentir notre corps et de pouvoir le différentier des éléments extérieurs. Cela alimente le sentiment d’être soi.

  • Le tonus postural :
Suricate en état de vigilance active. On observe bien ici le redressement postural et donc l’augmentation du tonus.

C’est la tonicité nécessaire au maintien de la posture, c’est à dire la manière dont on se positionne dans l’espace.

Le tonus postural est lié à l’état de vigilance, il s’abaisse lorsque l’on dort et se remobilise lors de l’éveil pour tenir une posture plus active.

Le tonus est également relié à l’état émotionnel. C’est d’ailleurs le premier mode d’expression et de dialogue chez le tout petit et ce dialogue via le tonus, encore appelé dialogue tonico-émotionnel est présent tout au long de la vie

  • Le tonus d’action :

C’est l’état de tension nécessaire pour permettre le mouvement. Il s’agit là de contractions intentionnelles bien que coordonnées inconsciemment.

En effet, on ne réfléchit pas à quels muscles contracter pour lever le bras, pourtant, il y a bien une coordination et une régulation liée à l’action consciente de lever le bras pour réaliser le mouvement.

Les états toniques :

Tonus adapté, harmonieux :

sentiment d’être soi

Lorsque le tonus est adapté et bien régulé, on parle de tonus adapté, harmonieux. Il y a suffisamment de tension pour alimenter un sentiment d’être soi, maintenir une posture sans difficulté et permettre le mouvement et l’action rapidement.

Si le tonus au niveau quantitatif est trop faible ou trop important, cela va se répercuter sur les capacités motrices, relationnelles, posturales de l’individu.

 

Hypotonicité :

Le tonus de fond est une tension pas assez importante. Lorsque le tonus est trop faible, cela peut se répercuter de pleins de façon différentes sur le fonctionnement psychomoteur :

(cette liste est non exhaustive, et chaque individu manifeste des particularités différentes et singulières)

  • recrutement tonique très important pour effectuer un mouvement, induisant un mouvement ralenti et/ une grande fatigabilité.
  • conscience corporelle peu développée
  • maintien de la posture couteux en énergie
  • manque de force musculaire pour effectuer des coordinations motrices globales ou fines

Hypertonicité :

Le tonus de fond est trop important, trop contracté. Tout comme l’hypotonicité, cela peut se manifester de plusieurs façons différentes :

  • corps rigide avec des difficultés à se mouvoir rapidement
  • manque de souplesse en lien avec les rétractions tendineuses qui s’installent lorsque l’hypertonicité perdure.
  • conscience de soi parfois également peu développée, ou alors nécessitant cette forte tension pour maintenir le sentiment d’être soi
  • au niveau des mouvements fins, peu de souplesse et de flexibilité freinant voir bloquant le mouvement.

Développement tonique

Des hypertonies et hypotonies peuvent être normales et physiologiques à certains stades du développement, comme lors des premiers temps de vie.

Chez le nourrisson, on retrouve une hypotonie axiale : le long de la colonne vertébrale, et une hypertonie des membres, qui se trouvent alors fléchis. Cela donne la position dite de quadriflexion chez le tout petit.

Petit point neurologique

On va aborder là, une partie un peu plus précise du développement de l’enfant en lien avec le tonus. Pour ceux qui ne veulent pas s’encombrer de notions physiologiques et neurologiques, rendez vous quelques lignes plus bas…

Le bébé nait immature au niveau neurologique. C’est à dire que les neurones -cellules du système nerveux- ne sont pas encore pleinement opérationnels. Il leur manque la gaine de myeline qui va entourer l’axone. L’axone étant le prolongement du neurone qui permet à une cellule d’allonger un bras pour aller se connecter à un autre neurone ou muscle (on parle alors de moto-neurones) éloigné. Cette gaine de myeline, qui va entourer le neurone, permet au message nerveux de circuler plus rapidement et efficacement.

Image représentant un neurone, l’axone et la gaine de myéline. http://www.gsep.fr/sclerose.html

C’est un peu comme si on naissait avec un réseau de neurones reliés par des routes de chemin en terre, et que progressivement le corps affine le réseau pour le transformer en autoroute sur les chemins les plus empruntés. Le choix de construction des autoroutes après la naissance, permet au corps de s’ajuster au mieux aux besoins dans l’environnement, de s’affiner progressivement. C’est grâce à cela d’ailleurs que l‘apprentissage est très rapide et efficace lorsque l’on est jeune enfant, car ce processus de myelinisation /création d’autoroutes est en cours.

Le plus gros de cette maturation se fera entre la naissance et les deux ans de l’enfant, et il restera un affinement plus lent jusqu’au 12ans de l’enfant.

L’ajustement tonique s’affinera en même temps que l’affinement du contrôle moteur dépendant de la myélinisation.

C’est parce que le nourrisson est immature au niveau neurologique, que le tonus n’est pas encore bien régulé que l’on retrouve cette posture particulière avec une hypotonie axiale et une hypertonie périphérique : bébé en quadriflexion.

Pour autant, malgré cette position particulière, on trouve des variations toniques chez le nourrisson. Ces variations sont le moyen de communication privilégié du nourrisson pour s’exprimer.

Lorsqu’il y a un besoin à satisfaire : faim, froid, besoin de contact/câlin, besoin de présence/stimulation, le bébé va se crisper, pleurer, crier… En se crispant, il crée une hypertonie, qu’on nomme l’hypertonie d’appel. C’est un signe d’appel à l’aide.

Bébé qui pleure, visage contracté et corps tendu. Hypertonie d’appel
Bébé calme et apaisé. Visage et corps décontracté. Hypotonie d’apaisement.

 

 

 

 

 

 

 

Une fois le besoin satisfait, le bébé va pouvoir se détendre, et on constatera une hypotonie, signe d’apaisement.

Le tonus est relié à l’état émotionnel du bébé : tension / apaisement et constitue son mode de communication privilégié.

Toute notre vie, ce moyen de communication reste présent, mais on n’y prête moins attention car sont ensuite privilégiés d’autres moyens de communication comme la parole.

Ce moyen de communication via le tonus s’appelle le dialogue tonico-émotionnel. Il fera l’objet d’un prochain article.

 

Le psychomotricien et le tonus

Le psychomotricien évalue l’état tonique du patient lors du bilan pour déceler éventuellement une hyper ou hypotonie, mais également d’autres troubles du tonus comme des dystonies, un défaut de régulation tonique, etc… Si le tonus est harmonieux, ce sera alors un outil et point d’appui pour le travail en psychomotricité.

Le psychomotricien évalue également la qualité du dialogue tonico-émotionnel, et la cohérence ou pas de la communication. Il se peut par exemple qu’une personne exprime un discours oralement qui n’est pas en adéquation avec le discours corporel.

L’évaluation du tonus se fait via un examen tonique, le psychomotricien vient mobiliser (faire bouger) le patient avec des épreuves de ballant et d’extensibilité, mais aussi vient appréhender les capacités de détente encore appelée capacités de résolution musculaire spontanée. Avec son regard clinique, il observe tout au long de la passation les manifestations toniques avec une sensibilité spécifique à l’exercice du psychomotricien.

Le décret de compétence le désigne d’ailleurs comme le professionnel privilégié pour tout trouble de la maturation et de la régulation tonique, cf décret ci joint

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